Presse Article
Interview radio sur martinique premiĂšre

08/02/2026

Interview radio sur martinique premiĂšre

Écoutez les interviews d'Antoine Delaunay Belleville sur Martinique Premiùre

 


Dans la premiĂšre interview, Antoine nous explique pourquoi il considĂšre que la culture doit ĂȘtre accessible Ă  tous, sans barriĂšres :

"La culture, c'est quelque chose qui se vit. Ce n'est pas seulement quelque chose qui se regarde ou qui s'achĂšte."

Il souligne Ă©galement l'importance de se sentir libre de chanter et de danser ensemble, en dehors de toute pression sociale ou d'expertise. "C’est en dansant ensemble, en chantant ensemble, que ça donne envie aussi de porter des projets politiques plus loin."

 

Dans la seconde interview, Antoine parle de son travail dans l'association Corps & Graphies et de l'importance de l'engagement Ă  travers des ateliers mĂȘlant danse, musique et rĂ©sistance civile.

"L'atelier est ouvert et c'est fait pour que les gens s'en emparent."

 

Écoutez les interviews complùtes :

Contre l'appropriation culturelle

08/02/2026

Contre l'appropriation culturelle

1. Raison d’ĂȘtre de Corps et Graphies et effets recherchĂ©s dans la lutte contre l’extrĂȘme droite

Corps et Graphies est un collectif d’éducation populaire artistique nĂ© du constat que la progression des idĂ©ologies d’extrĂȘme droite ne se joue pas que sur le terrain rhĂ©torique mais aussi — et peut‑ĂȘtre surtout — dans le champ Ă©motionnel, symbolique et imaginaire.De nombreuses enquĂȘtes en sciences sociales et en psychologie politique montrent que les arguments rationnels, factuels ou logiques sont largement neutralisĂ©s lorsqu’ils entrent en concurrence avec des rĂ©cits mobilisant la peur, la nostalgie ou l’indignation. Les discours d’extrĂȘme droite opĂšrent prĂ©cisĂ©ment sur ce terrain : ils rendent invisibles les raisonnements complexes en saturant l’espace public d’affects et de symbole

Face Ă  ce constat, Corps et Graphies fait le choix stratĂ©gique de construire un contre‑poids affectif . Le collectif mobilise les corps, les pratiques artistiques et des moments historiques faisant autoritĂ© pour rĂ©inscrire des rĂ©cits politiques dans une expĂ©rience sensible partagĂ©e. La danse, le chant et la fĂȘte sont ici pensĂ©s comme des outils politiques : ils permettent d’engager des personnes qui ne se sentiraient pas concernĂ©es par le dĂ©bat politique, ou qui s’en sont Ă©loignĂ©es par lassitude, rejet ou sentiment d’illĂ©gitimitĂ©. Cette mise en mouvement passe par la joie — au sens spinoziste — entendue comme une augmentation de la puissance d’agir collective.Le collectif fait le choix de montrer que de nombreux patrimoines culturels (dansĂ©s, chantĂ©s, mais aussi culinaires ou festifs) sont issus de circulations, de migrations, de mĂ©tissages et de rĂ©sistances. Cette approche permet de dĂ©construire une vision ethno‑diffĂ©rentialiste et essentialiste de la culture. Il permet aussi d'expliquer de maniĂšre ludique Ă  travers les exemples du cakewalk, d'Elvis Presley ou meme du Charlie and His Orchestra comment et pourquoi ont lieu des phĂ©nomĂšne d'appropriation culturelle

2. Éviter l’appropriation culturelle : principes, pratiques et garde‑fous

Les pratiques mobilisĂ©es par Corps et Graphies dans l’un de ses 3 ateliers appellĂ© “danses rebelles”  sont issues de contextes de rĂ©sistances noires, queer, fĂ©ministes ou populaires, le collectif considĂšre l’appropriation culturelle, de genre ou de classe comme un risque structurel Ă  la tenue de cet atelier et Ă  ce titre Ă  tenu Ă  mettre en place plusieurs actions

a. Une politique économique et symbolique explicite

Personne ne se rĂ©munĂšre au sein du collectif sur les ateliers bĂ©nĂ©voles. Lorsque des formats sont rĂ©munĂ©rĂ©s (institutions, programmations disposant de moyens), l’opportunitĂ© est systĂ©matiquement  donnĂ©e pour que la rĂ©munĂ©ration des personnes aille aux concernĂ©es et impliquĂ©es de longue date dans les cultures mobilisĂ©es.

Cette politique ne repose pas cependant sur une assignation essentialiste entre une pratique et une origine, un genre ou une identitĂ©, mais sur l’implication rĂ©elle, durable et communautaire dans un milieu culturel donnĂ©. Elle reconnaĂźt le travail souvent invisible de maintien, de transmission et de politisation culturelle rĂ©alisĂ© par des personnes qui ne sont pas nĂ©cessairement des artistes reconnu·es ou des figures mĂ©diatiques.

b. EnquĂȘte, contextualisation et renvoi systĂ©matique

Chaque pratique abordĂ©e fait l’objet d’un travail d’enquĂȘte: histoire d’émergence, contextes politiques, rapports de domination, usages contemporains. Le collectif s’appuie sur une bibliographie partagĂ©e et une base de ressources (articles, podcasts, entretiens, Ɠuvres) accessibles aux participant·es.

Les ateliers incluent systĂ©matiquement des renvois vers :

  • des cours ouverts au public ;

  • des lieux de pratiques existants ;

  • des soirĂ©es, bals ou espaces communautaires lorsque ceux‑ci sont explicitement ouverts aux novices  ;

  • des productions culturelles permettant d’entendre directement la parole des personnes concernĂ©es.

c. Une posture assumĂ©e d’initiation

Corps et Graphies situe explicitement son travail comme un survol introductif. Les ateliers ne prĂ©tendent ni Ă  l’exhaustivitĂ©, ni Ă  la maĂźtrise, ni Ă  la lĂ©gitimitĂ© experte. Cette posture est formulĂ©e au conditionnel, en situant clairement qui parle, depuis quel endroit, et avec quelles limites.

L’objectif est de fournir suffisamment d’élĂ©ments pour permettre une comprĂ©hension contextualisĂ©e et susciter de l’empathie, sans jamais se substituer aux espaces de transmission communautaires.

3. Limiter les effets de gentrification, de voyeurisme et de mise en danger

Rendre visibles des pratiques issues de résistances minoritaires comporte des effets de bord identifiés : gentrification culturelle, afflux massif de publics non concernés, voyeurisme politique ou mise en danger des communautés.

a. Gentrification des pratiques culturelles

La gentrification culturelle survient lorsque des pratiques issues de milieux populaires ou marginalisés sont extraites de leurs conditions sociales et politiques pour devenir des objets esthétiques valorisés par des publics dominants.

Pour en limiter les effets, Corps et Graphies :

  • refuse toute dĂ©politisation des pratiques mobilisĂ©es ;

  • rappelle systĂ©matiquement leurs conditions d’émergence ;

  • encourage le soutien aux collectifs, leurs campagnes  et lieux existants 

Les rĂ©flexions portĂ©es par le collectif Noyaux Durs, notamment dans leur intervention vidĂ©o sur les effets de diffusion culturelle, nourrissent cette vigilance et orientent la construction de parcours d’allié·es responsables plutĂŽt que de consommateur·ices de culture radicale.

b. Risque de surcharge et de voyeurisme

Rendre visibles des danses politiques peut entraĂźner un afflux de personnes vers des communautĂ©s qui n’ont ni le dĂ©sir ni la capacitĂ© d’acculturer massivement des publics extĂ©rieurs. Cela peut produire des situations de voyeurisme, d’épuisement ou de dĂ©formation des pratiques.

Le collectif agit ici par :

  • La mise Ă  distance explicite : les ateliers ne sont pas des invitations Ă  « entrer » dans les communautĂ©s, mais Ă  comprendre leur histoire.

  • Le refus de dĂ©signer des communautĂ©s comme objets d’observation ou de fascination.

  • La responsabilisation des participant·es sur leurs postures, attentes et projections.

c. Mise en danger politique et sécuritaire

Dans certains contextes, rendre visible le caractÚre politique de pratiques queer ou racisées peut exposer des personnes ou des groupes à des violences ciblées.

Corps et Graphies prend ce risque au sĂ©rieux, mais considĂšre qu’il doit ĂȘtre mis en regard d’un danger bien plus grand : l’arrivĂ©e au pouvoir de forces politiques qui menacent directement la survie culturelle, juridique et physique de ces communautĂ©s. NOus travaillons actuellement Ă  trouver la posture qui nous semblerait la plus appropriĂ©es via des entretiens 

4. Mise en perspective des risques et choix stratégiques

Les risques d’appropriation, de gentrification ou de maladresse existent et sont pris au sĂ©rieux par Corps et Graphies. Des politiques concrĂštes ont Ă©tĂ© mises en place pour les limiter, tout en restant ouvertes Ă  la critique et Ă  l’évolution des formats via des processus humain et digitaux

Cependant, ces risques doivent ĂȘtre mis en perspective avec un danger bien plus important : l’arrivĂ©e au pouvoir de forces d’extrĂȘme droite, dont les effets sur les cultures minoritaires sont documentĂ©s — violences accrues, invisibilisation, censure, expulsions et mises en danger physiques des personnes qui portent ces pratiques.

Dans cette logique, Corps et Graphies fait le choix stratĂ©gique de l’information, de la sensibilisation et de la mise en mouvement de personnes susceptibles de devenir des allié·es. Cette stratĂ©gie (questionable) s’appuie sur une dĂ©marche de recherche‑action : des questionnaires, des retours de terrain et des adaptations de formats permettent d’évaluer les effets rĂ©els des ateliers.

L’hypothĂšse centrale est qu’aider Ă  comprendre les mĂ©canismes et participer Ă  la  lĂ©gitimation des figures d’autoritĂ© artistiques peut favoriser des postures de solidaritĂ© et Ă  minima de soutien plutot que de l’ignorance, de la paralysie ( je n’ose rien dire car non concernĂ©), ou d’une inutile pĂ©nitence, 3 postures qui selon nous bĂ©nĂ©ficie Ă  entĂ©riner les dynamiques actuelles de polarisation et de fascisation de la sociĂ©tĂ© . L’objectif n’est pas que tout le monde pratique, mais que davantage de personnes comprennent ce qui est en jeu et soient prĂȘtes Ă  se positionner en soutien lorsque des attaques politiques surviendront.

EnquĂȘte Corps & Graphie

04/02/2026

EnquĂȘte Corps & Graphie

Participer Ă  l'enquĂȘte sur les menaces qui pĂšsent sur la culture

 

À la suite de la premiĂšre enquĂȘte sur l'impact de l'extrĂȘme droite sur la culture, nous souhaitons dĂ©sormais comprendre de maniĂšre plus dĂ©taillĂ©e les perceptions du danger, les situations rencontrĂ©es et les solutions mises en Ɠuvre ou envisagĂ©es dans le milieu artistique. Cette enquĂȘte se construira en trois Ă©tapes : une sĂ©rie d'interviews en ligne, un questionnaire quantitatif, et enfin une rencontre pour partager les rĂ©sultats et co-construire des actions concrĂštes.

 

Chez Corps et Graphies, nous croyons fermement que l’histoire, en particulier l'histoire collective mise en mouvement, peut Ă©clairer les luttes d’aujourd’hui et de demain. À travers cette dĂ©marche, nous souhaitons apporter du lien, de la visibilitĂ© et des solutions concrĂštes Ă  celles et ceux qui se sentent isolĂ©s face Ă  des dĂ©fis complexes.

 

Les trois Ă©tapes de l’enquĂȘte

 

  1. Les interviews avec des professionnels

    Le premier volet de cette enquĂȘte consiste en des interviews qualitatives rĂ©alisĂ©es avec des artistes et des professionnels de la culture, tels que des professeurs et des intermittents. L’objectif est de documenter des situations concrĂštes : interdictions, pressions, intimidations, tentatives de rĂ©cupĂ©ration idĂ©ologique, pertes de lieux, etc. Ces tĂ©moignages, souvent isolĂ©s, seront partagĂ©s afin de donner une voix Ă  ceux qui se sentent parfois invisibles.

  2. Le questionnaire quantitatif

    La deuxiĂšme Ă©tape sera un sondage plus large, qui touchera environ 100 professionnels du secteur artistique. Ce questionnaire permettra de recueillir des donnĂ©es plus reprĂ©sentatives et de mieux comprendre l’étendue des perceptions et des situations vĂ©cues Ă  travers la France.

  3. La rencontre entre professionnels

    Enfin, nous organiserons une rencontre pour permettre aux participants de l'enquĂȘte de partager leurs expĂ©riences, d'Ă©changer des solutions et de travailler collectivement dans un espace sĂ©curisĂ©. Cette rencontre se veut avant tout un lieu d'entraide et de solidaritĂ©. Elle pourra se dĂ©rouler en prĂ©sentiel ou en ligne, selon les contraintes sanitaires et les prĂ©fĂ©rences des participants.

 

 

Un livret pratique pour agir collectivement

 

À l’issue de cette enquĂȘte, nous produirons un livret Ă  destination des professionnels des arts et de l’éducation artistique. Ce guide pratique proposera des outils concrets pour :

  • RĂ©agir face Ă  des propos ou comportements problĂ©matiques dans un cours ou un espace public.

  • Lutter contre le cyber-harcĂšlement.

  • Éviter les formes de rĂ©cupĂ©ration ou de "blanchiment" politique.

  • Se protĂ©ger collectivement en cas de menaces.

 

L’objectif est de fournir des solutions pragmatiques et accessibles, afin d’éviter toute posture hĂ©roĂŻque et de se concentrer sur des actions rĂ©alisables et soutenues par des ressources collectives.


Des solutions pour se mettre en mouvement

 

Nos hypothĂšses sont les suivantes :

  • Beaucoup de professionnels, artistes et enseignants, se trouvent isolĂ©s dans des situations complexes, mais n’osent pas les partager, pensant ĂȘtre les seuls Ă  les vivre.

  • Certains pensent que ces menaces ne peuvent pas les atteindre en France, et que cela ne concerne que les autres, mais pas eux.

  • D’autres ont dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  se mobiliser et ont proposĂ© des pistes concrĂštes d’action, mais se sentent incapables d’agir seuls.

 

Nous, Ă  Corps et Graphies, souhaitons briser cet isolement et offrir des moyens de rĂ©sistance collective. En publiant cette enquĂȘte, nous mettrons en lumiĂšre les actions dĂ©jĂ  mises en place et ouvrirons la voie Ă  d’autres initiatives. Ce sera l’occasion de donner plus de visibilitĂ© Ă  ce qui peut ĂȘtre fait pour dĂ©fendre la culture et la libertĂ© d’expression artistique.


Comment participer ?

 

Si vous ĂȘtes un professionnel de la culture, un artiste ou un enseignant, nous vous invitons Ă  participer Ă  cette enquĂȘte.

Vous pouvez

  • RĂ©pondre Ă  notre questionnaire
  • Nous faire part de votre expĂ©rience Ă  travers une interview
  • ou participer Ă  notre rencontre.

 

Pour cela, il vous suffit de nous contacter Ă  l'adresse suivante : camillepertuis@riseup.net

 

Les rĂ©sultats de cette enquĂȘte serviront de base pour des actions concrĂštes et des outils pratiques que nous partagerons avec vous pour vous soutenir dans la dĂ©fense de vos droits et de vos pratiques artistiques. Ensemble, faisons entendre notre voix et construisons une culture libre et inclusive.

 


 

EN RÉSUMÉ 

 

 

 

Rester informĂ© des suites de cette enquĂȘte :

 

N’hĂ©sitez pas Ă  partager cette enquĂȘte avec vos rĂ©seaux en relayant notre post insta !



Cultures en luttes antifascistes

30/01/2026

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Interview Danse Rebelles, TV Martinique 1Ăšre

08/01/2025

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Table ronde : Artiste engagĂ© aujourd’hui ça veut dire quoi ?

17/07/2024

Table ronde : Artiste engagĂ© aujourd’hui ça veut dire quoi ?

Dans le contexte politique et culturel actuel, Ă  quel endroit se situe l’engagement pour les artistes : dans le contenu des Ɠuvres, dans l’éthique de travail, dans le choix des rĂ©seaux et des lieux dans lesquels on s’ancre, ou encore dans la relation aux institutions ?
A t’on le choix de dĂ©cider pour qui l’on joue, qui nous rĂ©munĂšre, de qui on se rend dĂ©pendant ? Et qu’est ce que cela engage comme courage politique ?

 

Invités :

- Marien Guillé, poÚte de proximité

- Annabel Reid, danseuse chorégraphe et membre du réseau Récréation

- Guillaume Forestier, danseur chorégraphe

- Zoé et Sarah, du collectif Corps et Graphie

- Pina Wood, dramaturge et poétesse

Kit de résistance culturelle

17/06/2024

Kit de résistance culturelle
La danse ou le corps militant, Magazine Biocoop

14/04/2024

La danse ou le corps militant, Magazine Biocoop

« Beaucoup de joie, et mĂȘme de l’euphorie. » C’est ce que procure la danse Ă  Tinou, facilitateur en intelligence collective de mĂ©tier et grand habituĂ© des dancefloors. « C’est aussi parfois presque mĂ©ditatif, tu es vachement connectĂ© Ă  toi-mĂȘme quand tu danses. » La liste des mĂ©rites de la danse est infinie. Elle permet de se rĂ©concilier avec son corps, d’apaiser son esprit, de libĂ©rer son Ă©nergie, de gagner en estime de soi, d’exprimer sa crĂ©ativitĂ© et ses Ă©motions. Vous en voulez encore ? 75 % des Français la considĂšrent comme un bon moyen de faire des rencontres (Ă©tude OpinionWay, 2016). C’est en effet un outil pour sortir de l’entre-soi en rapprochant les personnes les plus diverses, dans les fĂȘtes, les cours, les salles de spectacle, dans la rue, sur les rĂ©seaux sociaux. Et cet outil est de plus en plus utilisĂ© dans les mouvements sociaux et par les dĂ©fenseurs de l’environnement pour toucher au-delĂ  du cercle militant. Telle Camille Étienne qui, Ă  peine connue en 2020, poste sur le Web la vidĂ©o RĂ©veillons-nous : dans un paysage de montagnes enneigĂ©es, elle dĂ©clame un texte sur l’urgence climatique. À ses cĂŽtĂ©s, LĂ©a Durand la soutient avec sa chorĂ©graphie. L’ensemble prend aux tripes, fait le buzz et est vu plusieurs millions de fois.

 

Au service de luttes

 

Dans sa longue histoire, la danse a souvent Ă©tĂ© au service de luttes. La capoeira, par exemple, est une sorte d’art martial utilisĂ© au XVIe siĂšcle au BrĂ©sil par les esclaves africains pour se libĂ©rer de l’oppresseur. En France, en 1940, quand Vichy interdit les bals populaires, des arriĂšre-salles de cafĂ© ou des granges se muent en dancings clandestins, parfois frĂ©quentĂ©s par les maquisards. À Los Angeles au dĂ©but des annĂ©es 2000, en rĂ©action Ă  la violence dans les quartiers et pour changer l’énergie nĂ©gative en positive, comme le hip-hop à ses dĂ©buts, des jeunes inventent un langage chorĂ©graphique, le krump.

 


Avec La danse Serpentine de LoĂŻe Fuller, le chorĂ©graphe JĂ©rĂŽme Bel interroge la place de la nature dans l’art.

« La machine Ă  tout commercialiser et Ă  tout dĂ©politiser a transformĂ© des danses Ă©minemment rĂ©sistantes en truc joli », estime Tinou. Ce militant de l’écologie et des droits humains a dĂ©cidĂ© d’inverser cette tendance avec le collectif Corps et Graphies 2028. Las de constater que « les discours simplistes, complotistes ou sensationnalistes marchent mieux que les arguments chiffrĂ©s », il a montĂ© un atelier-spectacle dans lequel il fait danser le public. « Les gens s’intĂ©ressent moins aux chiffres du Giec qu’à des rĂ©cits qui touchent leurs Ă©motions. Alors on joue avec celles produites par la danse, le chant pour les sensibiliser. »

Faire vivre des « expĂ©riences crĂ©atives et émotionnelles artistiques » fait aussi partie du projet du Bruit qui court, un collectif de 50 « artivistes » (activistes et artistes, professionnels ou non) et sa communautĂ© d’environ 200 personnes qui s’engagent pour une sociĂ©tĂ© Ă©cologique et solidaire avec la conviction que l’art peut accompagner des changements profonds. DĂ©ambulations, performances
, ils investissent l’espace public dĂšs que possible. Notamment avec RĂ©siste, leur chorĂ©graphie poignante pendant laquelle ils « vivent l’urgence Ă©cologique dans leur corps », selon ZoĂ© Reverdy, Ă©tudiante artiviste, qui poursuit : « La danse permet de ressentir le collectif. On est Ă  l’unisson, c’est fort. Souvent, les spectateurs nous disent avoir Ă©tĂ© Ă©mus. »

 

Un monde désirable

 

Photo : Thibaut Manent

Parmi les Ă©motions vĂ©hiculĂ©es, il y a donc la joie, indispensable outil de mobilisation. « Ce n’est pas facile de lutter. Si tu ne proposes que de distribuer des tracts sous la pluie, ce n’est pas trĂšs motivant », ironise Tinou. À l’inverse, il raconte comment il a vu la danse remettre du baume au cƓur Ă  des participants « traumatisĂ©s par la violence » de la manifestation contre les mĂ©gabassines en 2023. « Ils ont pu repartir sur une note positive », assure-t-il. La joie cimente les liens, adoucit les angoisses, redonne de l’élan. Elle favorise la crĂ©ation. La performance RĂ©siste est nĂ©e du travail collectif d’artivistes, danseurs, militants, graphistes, architectes. Pas besoin d’ĂȘtre professionnel pour faire passer un message fort, sensible, qui donne envie d’agir. « On ne veut pas juste dĂ©construire ce qui nous paraĂźt problĂ©matique, explique ZoĂ© Reverdy. C’est essentiel de mettre de la joie dans nos actions pour apporter de nouveaux imaginaires. »

 

Le rĂȘve d’un monde plus dĂ©sirable n’est pas que celui des activistes croisĂ©s dans les manifestations, les festivals. C’est aussi celui du chorĂ©graphe professionnel JĂ©rĂŽme Bel. « Mon travail a toujours Ă©tĂ© critique, mais face à l’ampleur de la crise Ă©cologique, je suis devenu militant. En tant qu’artiste, c’est mon rĂŽle de rendre sensibles et intelligibles certaines choses difficiles », dit-il. Sa compagnie ne prend plus l’avion, il soutient financiĂšrement des mouvements de dĂ©sobĂ©issance civile, etc. Avec Danses non humaines, une sorte de confĂ©rence dansĂ©e conçue avec l’historienne de l’art Estelle Zhong Mengual, il fait entrer l’écologie dans des lieux habituellement rĂ©servĂ©s à la culture. Il s’appuie sur des piĂšces de LoĂŻe Fuller, Isadora Duncan ou encore Pina Bausch pour interroger la place de la nature dans le rĂ©pertoire. Et conclut que le plus souvent l’humain l’utilise pour se valoriser, sans la considĂ©rer. « Je convoque mes collĂšgues passĂ©s et prĂ©sents afin d’essayer de comprendre comment ils ont produit cette culture dont nous hĂ©ritons et qui, d’une certaine maniĂšre, nous a conduits Ă  la situation catastrophique actuelle », commente-t-il.

À elle seule, la danse ne sauvera pas le climat, mais elle participe à la prise de conscience dans un joyeux partage de plaisir. C’est un premier pas.

 

Joie contagieuse

 

Selon ZoĂ© Reverdy du collectif Le Bruit qui court, c’est un des nombreux atouts de la danse : elle produit des images puissantes qui circulent dans tous les milieux et montrent que la lutte n’a pas besoin d’ĂȘtre morose pour ĂȘtre efficace. L’annĂ©e derniĂšre, Mathilde Caillard, alias MC danse pour le climat, une militante pour l’environnement et la justice sociale d’Alternatiba Paris, a Ă©tĂ© critiquĂ©e pour avoir dansĂ© dans une manifestation contre la rĂ©forme des retraites. Sa performance, jugĂ©e inutile, pas sĂ©rieuse pour certains, aurait dĂ©politisĂ© le combat pour d’autres. C’est pourtant l’inverse qui s’est produit : reprise par la presse et les rĂ©seaux sociaux, elle a mis un coup de projecteur sur ses revendications. Elle a mĂȘme touchĂ© des adversaires politiques de la dĂ©putĂ©e pour qui la jeune femme travaille en tant qu’assistante parlementaire, a-t-elle confiĂ© sur les ondes du Mouv’ en juillet 2023.


 

Photo : Thibaut Manent
La danse, l’étincelle des rĂ©volutions, Reporterre

07/08/2023

La danse, l’étincelle des rĂ©volutions, Reporterre

Le vent glacial s’engouffre entre les toiles du chapiteau. Mais sous la voĂ»te, l’atmosphĂšre est brĂ»lante. Lunettes futuristes sur le nez, Tinou, du collectif « Corps & Graphie 2028 Â», se dĂ©hanche face Ă  une cinquantaine de spectateurs.

« On va faire un pas trĂšs simple, propose-t-il Ă  l’assemblĂ©e debout devant lui, mi-curieuse mi-gĂȘnĂ©e. Pied droit en avant, on revient ; pied gauche en avant, et on revient. Â»

 

Sous le chapiteau, les chorégraphes activistes incitent les participants à se déhancher. © David Richard / Reporterre

La musique dĂ©lie peu Ă  peu les muscles. Les visages se dĂ©tendent, les Ă©paules roulent, les hanches glissent. MĂȘme les plus timides se laissent prendre au jeu, abandonnant leurs pulls et les gradins pour rejoindre la scĂšne.

Tinou mime une dĂ©marche snob, vite suivi par les autres. « C’est du cake-walk : une danse utilisĂ©e par les esclaves pour se moquer des maĂźtres qui dansaient le menuet, explique-t-il tout en ondulant. La danse, c’est de la politique ! Â»

« La danse, c’est de la politique ! Â»

Le trentenaire, qui se dit « fachĂ©-anxieux Â», a créé ce spectacle de « RĂ©sis’dance Â» en 2022, peu aprĂšs les Ă©lections prĂ©sidentielles. L’idĂ©e : initier le maximum de personnes aux pas qui ont, historiquement, fait bouger les mentalitĂ©s et rĂ©gimes politiques.

Lors de sa présentation aux rencontres écologistes des Résistantes, qui se tenaient début août sur le plateau du Larzac, le spectacle a fait un carton.

 

Petits et vieux, showmen assurĂ©s ou valseurs du dimanche, tous ont pu apprendre quelques pas de twist — dansĂ© par les militants pour les droits civiques aux États-Unis â€”, ou reprendre la chorĂ©graphie d’« Un violador en tu camino Â» (« Un violeur sur ton chemin Â»), créé en 2019 par le collectif chilien Lastesis pour dĂ©noncer les violences patriarcales.

Ces moments de liesse sont vitaux pour le militantisme, selon Tinou et ses acolytes. « Danser, ça permet de ramener de la joie dans les milieux militants, de ne pas ĂȘtre uniquement plombĂ©e par l’actualitĂ© Â», dit Manon, l’une des animatrices du spectacle. « Ă‡a remotive Â», abonde sa camarade Clara.

 

La danse fait partie de l’histoire des mouvements sociaux Ă  travers la planĂšte. © David Richard / Reporterre

« C’est difficile, la lutte, dit Tinou. Mais par la danse, la joie, on vit des moments incroyables. Â» Le jeune homme Ă©voque, en exemple, son expĂ©rience lors de la manifestation de Sainte-Soline contre les mĂ©gabassines, marquĂ©e par une forte rĂ©pression policiĂšre : « On s’est fait tabasser la gueule. Le soir, on a fait une grosse teuf reggaeton [une danse latino-amĂ©ricaine]. Â»

« Je suis reparti traumatisĂ©, mais content quand mĂȘme Â», raconte-t-il. « C’est hyper important, la teuf [fĂȘte]. Il y a des combats qui foirent car la cantine ou la teuf ne sont pas au point. Â»

« Si je ne peux pas danser, ce n’est pas ma rĂ©volution Â»

Le lien entre danse et militantisme ne date pas d’hier. L’histoire d’Emma Goldman, Ă©voquĂ©e par la journaliste Iris DerƓux dans une enquĂȘte de la revue La DĂ©ferlante sur le sujet, en tĂ©moigne. En 1931, alors qu’elle profitait Ă  plein d’une fĂȘte, l’intellectuelle et anarchiste russe a Ă©tĂ© rappelĂ©e Ă  l’ordre par un camarade, qui lui a susurrĂ© Ă  l’oreille que sa « frivolitĂ© nui[sai]t Ă  la cause Â».

Goldman lui a rĂ©pondu qu’il Ă©tait « inconcevable qu’un bel idĂ©al comme l’anarchisme puisse exiger le refus de la vie, de la joie Â». De cette anecdote a Ă©tĂ© tirĂ©e un slogan, aujourd’hui repris Ă  l’envi dans les cortĂšges : « Si je ne peux pas danser, ce n’est pas ma rĂ©volution. Â»

 

Du twists Ă  des mouvements plus acrobatiques, les possibilitĂ©s de s’exprimer en dansant sont lĂ©gion. © David Richard / Reporterre

Cette idĂ©e est incarnĂ©e — entre autres â€” par les Rosies, un collectif fĂ©ministe formĂ© au sein de l’association Attac en 2019, Ă©galement prĂ©sent aux rencontres des RĂ©sistantes. Ses membres, reconnaissables Ă  leurs bleus de travail Ă©voquant la tenue de l’icĂŽne Ă©tasunienne Rosie la riveteuse, sont connues pour enflammer les manifestations avec leurs dĂ©tournements de chansons et chorĂ©graphies entraĂźnantes.

« On peut lutter en chantant, pas qu’en subissant, assure l’une d’entre elles, Ileana Berteau. On n’est pas obligĂ©s d’aller Ă  l’enterrement de nos croyances. Avec les Rosies, on danse nos espoirs. Â»

 

Couplets remixés

 

Sous un barnum couleur sable rĂ©guliĂšrement balayĂ© par la pluie, l’antenne aveyronnaise du collectif tente de former une trentaine de curieux Ă  leur mĂ©thode. L’air de « Marcia BaĂŻla Â» des Rita Mitsouko, fuse d’une sono. Assis en tailleur Ă  mĂȘme la paille, des petits groupes sont chargĂ©s d’en réécrire les paroles, en y accolant des mouvements Ă©vocateurs.

Six femmes se marrent dans un coin. Sous leur plume, le premier couplet de la chanson s’est transformĂ© en joyeuse diatribe contre le patriarcat, mimĂ© par une potence. « On Ă©tait toutes d’accord que c’était le bon geste Â», rit Elsa [*], 41 ans.

Dans les champs ou sous les chapiteaux, la danse se retrouvait aux quatre coins des RĂ©sistantes. Â© David Richard / Reporterre

Autour d’elle, ça sautille, ça tape du pied, ça tourne, les bras en l’air, en dessinant les vagues dans les airs. Il flotte dans l’air un nuage d’allĂ©gresse. Peu Ă  peu, une chorĂ©graphie commune prend forme.

« Quand on danse, on est ensemble. C’est ça, la lutte, sourit Jo, pĂ©tillante septuagĂ©naire aux oreilles ornĂ©es d’énormes cƓurs jaune. Ça permet de lĂącher toute la colĂšre qu’on a, et de la transformer en Ă©nergie positive pour permettre la suite. Â»

 

« J’avais besoin d’activer quelque chose, de l’optimisme Â»

 

Pour certaines, les chorĂ©graphies des Rosies ont permis d’effectuer un premier pas vers le militantisme. Nathalie, l’une des animatrices de l’atelier larzacien, raconte par exemple avoir rejoint Attac aprĂšs les avoir dĂ©couvertes ; d’autres, comme Manuela, expliquent y avoir puisĂ© l’énergie pour enterrer leur dĂ©sespoir. « Les premiĂšres manif’ du mouvement pour les retraites, ça ressemblait Ă  un dĂ©filĂ© mortuaire, ça me minait. J’avais besoin d’activer quelque chose, de l’optimisme Â», se souvient-elle.

Également prĂ©sente Ă  l’atelier des Rosies, Louise, 26 ans, confie avoir eu le sentiment d’y trouver une famille militante : « Je vais souvent manifester seule. En passant Ă  cĂŽtĂ© d’elles, j’ai eu l’impression de leur appartenir. La danse, ça fĂ©dĂšre Ă©normĂ©ment. Â»

«  C’est hyper important, la teuf, affirme Tinou. «  Il y a des combats qui foirent car la cantine ou la teuf ne sont pas au point.  Â» © David Richard / Reporterre

La preuve : aprĂšs deux heures Ă  chanter, taper des mains et battre des pieds de maniĂšre synchronisĂ©e, des liens se tissent entre les personnes prĂ©sentes Ă  l’atelier. « J’ai passĂ© une super aprĂšs-midi avec Louise que je viens de rencontrer Â», rigole Elsa en lui donnant un coup d’épaule complice.

« Ce n’est pas un corps qui danse, c’est un groupe Â»

« Danser, ça crĂ©e des liens moins restreints que ceux du travail, observe Ileana Berteau. Tout seul, c’est trĂšs dur de lutter, en tant que femme particuliĂšrement. Ensemble, on se sent plus fortes, plus lĂ©gitimes. Ce n’est pas un corps qui danse, c’est un groupe. Â»

Au point qu’il semble difficile, au terme des rĂ©pĂ©titions, de sĂ©parer les danseurs. Sous le barnum, les chorĂ©graphies s’enchaĂźnent, faisant voleter des brins d’herbe dans l’air. Un sentiment d’euphorie s’empare des corps. La musique s’estompe Ă  peine qu’on entend dĂ©jĂ  crier : « Allez, on recommence ! Â»

 

5 maniÚres de danser pour résister

10/07/2023

5 maniÚres de danser pour résister

Lors des manifestations contre la rĂ©forme des retraites au printemps dernier, une membre de l’association Alternatiba n’a pas laissĂ© le cortĂšge indiffĂ©rent : Mcdansepourleclimat aka Mathilde Caillard toute de noire vĂȘtue et lunettes de soleil ambiançait la foule derriĂšre un char techno en scandant un remix techno aux paroles Ă©vocatrices “Taxer les riches !”

 

CritiquĂ©e Ă  la fois par les personnes de son camp et ses dĂ©tracteurs, elle a pourtant remportĂ© un fort succĂšs et sa vidĂ©o est devenue virale en quelques jours rĂ©veillant un vieux dĂ©bat, est-ce que lutter et danser sont deux activitĂ©s incompatibles ? L’une serait “sĂ©rieuse”, l’autre de l’ordre du “divertissement”.  Sa rĂ©ponse ? : “La danse est un vaisseau idĂ©al pour exprimer cette joie militante fĂ©dĂ©ratrice. La danse est un moment oĂč l’on se redonne de la force, oĂč l’on fait corps ensemble.”

 

Ça n’est pas un phĂ©nomĂšne nouveau : la danse a toujours rimĂ© avec rĂ©sistance. En tĂ©moigne cette vidĂ©o de l’Ina retraçant l’histoire de la danse au sein des luttes sociales en France. 

 

Et les Français n’ont rien inventĂ© : cela fait un moment que les minoritĂ©s, Ă  travers les luttes fĂ©ministes, antiracistes se sont emparĂ©es de ce mĂ©dium artistique comme outil de revendication, de lĂącher-prise, et de rĂ©appropriation des corps et de l’espace public. 

 

Bref, la danse, la joie, sont de puissants leviers d’action pour faire passer des messages, nourrir les luttes et se rĂ©gĂ©nĂ©rer. Petit tour d’horizon des danses qui riment avec rĂ©sistance. 

 

Toutes les danses de rĂ©sistance 

 

De fait, beaucoup de danses sont nĂ©es dans des endroits de revendications : le waacking, une danse de club nĂ©e dans les annĂ©es 70 Ă  Los Angeles a Ă©tĂ© créé par des minoritĂ©s queers africo-latino. Le voguing, danse de “ball” qui pastiche les dĂ©filĂ©s de mode et les magazines de luxe, est nĂ© Ă  New-York dans les annĂ©es 80 au sein des communautĂ©s transgenres africo-latino-amĂ©ricaines (voir l’excellent documentaire “Paris is burning”). Le Krump, alternative Ă  la danse hip hop habituelle, lui, est nĂ© dans les quartiers dĂ©favorisĂ©s de Los Angeles. Sans oublier la Capoeira imaginĂ©e dans les quartiers pauvres BrĂ©siliens
 Bref, sans partir sur un cours d’histoire, ces danses Ă©closent souvent de l’envie d’exprimer par le corps les oppressions et les discriminations dont sont victimes des minoritĂ©s. 

 

Dans un autre mouvement, des versions “queers” de danses rĂ©putĂ©es comme “normĂ©es” Ă©mergent aussi : c’est le cas par exemple du queer tango, du queer bachata ou encore de la queer salsa qui cassent les codes binaires “homme-femme” et rĂ©inventent des maniĂšres de danser plus fluides. 

 

Ce collectif a Ă©tĂ© créé en 2021 par cinq amis danseurs et danseuses pour la crĂ©ation d’une piĂšce chorĂ©graphique : Écume. Ses membres, tous jeunes, mĂȘlent art et militantisme, poĂ©sie et politique en faisant des lieux publics leur terrain de jeu. Ils y jouent leurs chorĂ©graphies et formes artistiques au format hybride. Pour lutter contre le gigantesque projet mortifĂšre de Total en Ouganda, EACOP, des danseurs et danseuses en rouge et noirs ont dĂ©livrĂ© une chorĂ©graphie puissante. Un mode d’action rĂ©pĂ©tĂ© Ă  l’occasion de la lutte contre Deep Sea Mining Ă  Lisbonne, ou place de la RĂ©publique pour la Marche pour le Futur, etc. 

 

RĂ©cemment, le collectif a rĂ©alisĂ© un performance Magma Ă  Paris au sein de l’AcadĂ©mie du Climat. AprĂšs avoir rĂ©alisĂ© un teaser vidĂ©o oĂč on les voit danser dans une forĂȘt, l’équipe a organisĂ© une marche dansĂ©e et costumĂ©e entrecoupĂ©e de chants, de concerts et de banderoles ”On ne tait pas un peuple qui danse”, et de danse qui a marquĂ© les esprits. Un groupe de danseurs et danseuses maquillĂ©s et vĂȘtus de bleu offraient un incroyable spectacle tandis que des chars diffusaient de la musique pour que chacun puisse s’y donner Ă  cƓur joie. 

 

MĂ©langer jeu de rĂŽle, danse, et rĂ©sistance lors d’un atelier de deux heures ? C’est le pari rĂ©ussi de Corps et graphies qui projette ses participants en 2030, dans un monde rĂ©tro-futuriste pas si lointain, aka 2028, oĂč Marine Le Pen aurait pris le pouvoir. Comment rĂ©sister et danser dans un monde qui limite la libertĂ© de mouvements et des corps ? Les participants sont embarquĂ©s dans une histoire dont ils sont les hĂ©ros et oĂč chaque choix peut les mener vers plus d’oppression ou plus de liberté  L’occasion de rĂ©viser l’histoire des luttes et des danses, tout en s’amusant et en apprenant les basiques du queer tango, du krump ou encore du voguing.  

 

À Arles en aoĂ»t 2022, 150 “artivistes” accouchaient aprĂšs une semaine de rĂ©sidence d’une premiĂšre performance dansĂ©e alertant sur les dangers du rĂ©chauffement climatique en aoĂ»t 2022. Un mĂ©lange de danse, de théùtre de rue qui avait marquĂ© les esprits. Depuis, ce collectif s’empare de sujets comme la fast fashion avec une performance la veille du Black Friday en novembre 2022 dans le Centre Commercial des Halles avec plus de 1 500 kilos de vĂȘtements, ou encore pour alerter sur les dĂ©rives de l’organisation de la coupe du monde au Qatar sur la place de la RĂ©publique Ă  Paris Ă  grand renfort de peintures rouges. 

 

La Booty Therapy comme son nom l’indique revendique une libĂ©ration des Ă©motions et du corps par
 le mouvement des fesses. MĂ©lange de twerk, un dĂ©rivĂ© du mapouka ivoirien, danse traditionnelle de transe dans laquelle on cĂ©lĂšbre la dĂ©esse de la fertilitĂ© et de danses africaines. Des performances dans l’espace public permettent aux femmes de se rĂ©approprier leur corps, de s'Ă©manciper du regard des autres et de booster leur estime d’elles-mĂȘmes. Si cette danse se veut “thĂ©rapie”, des  dĂ©monstrations dans les espaces publics permettent aussi de lutter pour la reprĂ©sentativitĂ© des corps. 

 

La marche des fiertés (et les soirées queers en général)

 

La marche des fiertĂ©s est nĂ©e suite aux Ă©meutes de Stonewall Ă  New York en 1969, quand la police a fait une descente dans un bar gay. Pour se rebeller contre cette injustice, un mouvement spontanĂ© et festif nĂ© dans les rues. Chaque annĂ©e, en juin, partout en France et dans le monde, fleurissent des dĂ©filĂ©s aux couleurs arc-en-ciel. L’occasion pour les LGBTQIA+ de marcher dans les rues, de danser, faire la fĂȘte pour se visibiliser dans un espace oĂč ils et elles sont rĂ©guliĂšrement discriminĂ©s. 

 

Résumé en trois pas de danse

 

La danse a toujours été un outil puissant de résistance et de revendication, notamment pour les minorités. Elle permet d'exprimer des oppressions et de revendiquer des droits tout en utilisant le corps et l'espace public.

 

Parmi les danses de résistance


 

  • Waacking : NĂ© dans les clubs de Los Angeles dans les annĂ©es 70, ce style a Ă©tĂ© créé par des minoritĂ©s queers africo-latino.
  • Voguing : Danse parodique des dĂ©filĂ©s de mode, nĂ©e dans les annĂ©es 80 Ă  New York au sein des communautĂ©s transgenres africo-latino-amĂ©ricaines.
  • Krump : Une alternative au hip-hop traditionnel, dĂ©veloppĂ©e dans les quartiers dĂ©favorisĂ©s de Los Angeles.
  • Capoeira : Art martial brĂ©silien qui combine danse et lutte, nĂ© dans les quartiers pauvres du BrĂ©sil.
  • Booty Therapy : Cette danse, mĂ©lange de twerk et de danses africaines, revendique la libĂ©ration des corps et des Ă©motions, permettant aux femmes de se rĂ©approprier leur corps dans l'espace public et de lutter pour leur reprĂ©sentativitĂ©.